Ce film pose des questions en confrontant le travail de mémoire des Rwandais et le travail du tribunal. D’un côté, les visites silencieuses au mémorial consacré aux massacres et la réflexion rétrospective sur les événements pour tenter de les comprendre. Par quels mécanismes d’obéissance, de peur et d’avidité tant de gens ont-ils pu s’enrôler pour tuer ? Comment un homme comme Jean de Dieu, aimé de tous et mariée à une Tutsi, a-t-il pu en venir à contribuer aux massacres ? Quelle est sa responsabilité et quelle est sa faute ?
De l’autre, le tribunal derrière ses vitres blindées. Il entend M. Bagosora, cerveau présumé du génocide, contester le chiffre des victimes et nier toute préméditation ; il voit pleurer un homme politique de l’opposition qui a échappé aux massacres, au souvenir de ce qu’il a vu ; il entend un Belge qui appelait à l’extermination des Tutsis sur la radio des Mille Collines reconnaître sa culpabilité. On entend, dans une extrême tension, les difficultés des procureurs successifs face à la mauvaise foi des uns et aux pressions politiques du gouvernement de Paul Kagamé, qui tente de paralyser le tribunal et dans une réunions publique accuse violemment la France d’avoir été complice des massacres. Et la déception d’un avocat, Raphaël Constant, qui dit que ce n’est pas ce tribunal qui établira la vérité historique, ce qui n’est d’ailleurs pas sa mission.
Entre justice, diplomatie et la vie du peuple rwandais qui se poursuit avec ses blessures, la distance est immense. Mais un tribunal ne peut pas siéger calmement sur la place du village… En tout cas le sujet reste suffisamment sensible aujourd’hui, tandis que la justice poursuit ses travaux et que la diplomatie franco-rwandaise tente de renouer, pour que l’Unesco qui avait programmé le film le déprogramme sèchement.

































